Vincent
· Réalisation : Tim Burton
· Scénario : Tim Burton
· Avec Vincent Price : le narrateur
· Directeur de la photographie : Victor Abdalov
· Direction artistique : Tim Burton
· Sculpture et design additionel: Rick Heinrichs
· Directeur technique : Stephen Chiodo
· Animation : Stephen Chiodo (et Tim Burton)
· Musique : Ken Hilton
· Producteur : Rick Heinrichs
· Société de production : Disney
· Distribution : Disney
· Pays d'origine : États-Unis
· Date de sortie : 1982
· - 1994 (en complément de l'Étrange Noël de M. Jack)
· Format :Noir et Blanc - 16 mm
· Durée: 5 minutes 55''
Synopsis:
Vincent Malloy (traduit par Vincent Dupont dans la version française) est un petit garçon de 7 ans, qui n'a qu'un seul rêve : être Vincent Price, acteur à la voix ténébreuse coutumier des films d’épouvante. C'est ainsi que sous son apparence d'enfant bien élevé, c'est un grand amateur de la littérature d'Edgar Allan Poe. Il rêve de transformer son chien en zombie, faire tremper sa tante dans une cuve de cire ou libérer son épouse, enterrée vivante...
Making Of :
Tim Burton : Originalement, Vincent était supposé être un livre pour enfant et j'étais censé le publier comme ça, en premier. Mais j'ai eu l'opportunité, chez Disney, de le faire en film d'animation image par image. Je voulais faire de l'animation image par image, parce que je sens qu'il y a une gravité aux figurines en trois dimensions, qui semblait être le seul format à utiliser, pour cette histoire.
Vincent Price, Edgar Allan Poe, les films de monstres, se sont eux qui me rejoignent. Tu vois quelqu'un qui traverse une angoisse, une certaine torture, des choses auxquelles tu peux t'identifier. Et c'est une échappatoire. C'est ce que Vincent est vraiment pour moi. Le film va et vient dans la réalité de Vincent. Il croît qu'il EST Vincent Price, et tu vois le monde par ses yeux. Tu arrives et tu repars de sa propre réalité et le film finit sur une citation du Corbeau. Les gens à Walt Disney pensaient qu'il mourait, mais il est juste étendu sur le sol. Qui peut dire s'il est vraiment mort ou seulement dans son petit monde? C'est drôle, j'aime mieux les choses lorsqu'elles te laissent à ton imagination. J'ai toujours vu les fins heureuses comme étant plus psychotique dans un certain sens. Ils [Disney] voulaient que la lumière s'allume et que son père entre en disant: "Viens fiston! on s'en va à une partie de football!". Voilà ma première expérience avec le syndrome de la fin heureuse.
Critique :
Ce court-métrage est génial ! Tim Burton, qui voue une adoration sans borne pour Vincent Price, écrit ici un poème magnifique, drôle, sombre, et bien sûr autobiographique. Il n'en reste pas là puisqu'il en fait un total chef-d’œuvre.
Le format, la durée et la technique du film (image par image) servent complètement le propos, il se dégage de ce court-métrage une ambiance et une prestance complètement ÉNORME, avec qui plus est peu de moyens financiers et humains. Tim Burton arrivera également à séduire le vrai Vincent Price avec son histoire : celui-ci acceptera de faire à narration dans le film et une amitié naîtra de cette rencontre. Burton fera de nouveau appel à lui pour jouer le rôle du "père" d'Edward dans Edward Scissorhands (Edward aux mains d’argent), et Vincent Price mourra peut après cela.
Tim Burton : Il a été formidable. J'ai grandi en voyant à l'écran cet homme tourmenté (...). Il m'est apparu, quand je l'ai vu, comme quelqu'un d'incroyable, passionné par beaucoup de choses (...). Il n'y en a pas tant que ça aux États-Unis, des gens intéressés non seulement par ce qu'ils font, mais aussi par l'art en général, tous les aspects, tous les genres... Il était juste intéressé par la vie. Il m'a été d'une grande inspiration et il en sera toujours ainsi.
Pourtant, Disney, qui devait originalement le programmer en première partie de Pinocchio, le rangera finalement dans ses tiroirs (qui, décidément, doivent vraiment compter quelques perles encore inédites), jugeant le film trop sombre.
C'est sans compter sur la reconnaissance populaire puisque le film fait le tour des festivals, raflant de nombreux prix et nous vaudra même l'honneur d'accueillir Tim en personne au festival du dessin animé et du film d'animation de Bruxelles (maintenant Anima), alors que Burton était encore inconnu et très jeune (24 ans).
Ce film devait véritablement révéler le talent de Tim Burton.
De nouveau, et comme tout le temps; Vincent est imprégné des thèmes chers au réalisateur: la mort, l'horreur, la transformation, l'enfance, la noirceur... et toujours une bonne part d'humour. Il se rapproche dans sa narration du bouquin qu'il écrira bien plus tard, The Melancholy Death of Oyster Boy and Other Stories, qui relatent également sous forme de courts poèmes les destins bizarres de personnages plus étrange les uns que les autres.
Visuellement, le film amorce l'esthétique qui sera plus amplement développée dans Nightmare Before Christmas (L’étrange Noël de monsieur Jack qui, rappelons-le, ne sera par réalisé par lui mais par Henry Selick, bien qu'il soit le créateur du projet): beaucoup d'éléments y sont presque similaires. Beaucoup de références également : évidemment à Vincent Price et à Edgar Poe, mais également aux cartoons de l'époque, avec des personnages adultes dont on ne voit jamais que la partie inférieure. L'effet est particulièrement intéressant quand sa mère s'adresse à Vincent et ponctue ses paroles de gestes du bras.
Le film tardera à ressortir des tiroirs de Disney, qui heureusement (il était temps) l'éditera dans le très bon DVD de Nightmare Before Christmas(L’étrange Noël de M.Jack), en bonus. Il était pratiquement introuvable avant cela, tout comme Frankenweenie (article a venir), le court métrage live de Tim Burton réalisé 2 ans plus tard.
POEME ORIGINAL TRADUIT EN FRANCAIS
Voici Vincent Dupont, il vient d'avoir 7 ans.
il est toujours poli, c'est un garçon charmant.
Vincent est affectueux, d'une grande gentillesse,
mais il veut faire des films d'horreur comme Vincent Price.
Sa soeur, son chien, son chat, lui tiennent compagnie,
mais il serait bien mieux avec les chauves-souris.
Là il ferait marcher ses inventions terribles,
et promènerait seul son tourment indicible.
Quand sa tante vient le voir, Vincent est tout sourire,
il veut pour son musée la plonger dans la cire.
Il fait des expériences sur son chien, Aimable,
dans l'espoir de créer un monstre épouvantable,
et de trouver, avec ce sinistre vaurien,
des proies faciles dans le brouillard londonien.
Mais il ne pense pas qu'à des crimes lugubres,
il aime peindre et lire, ce qui est très salubre.
Seulement ce qu'il lit n'est pas de tout repos
Vincent a pour auteur favoris Edgar Poe.
Un soir, dans une horrible histoire d'élixir,
il lut un paragraphe qui le fit pâlir,
la nouvelle qu'il lu le berça d'épouvante,
sa très belle femme est enterrée vivante.
Il creusa pour s'assurer qu'elle était bien morte,
en détruisant ainsi des fleurs de toute sortes.
Sa mère l'envoya méditer dans sa chambre,
Il su que de ce monde il ne serait plus membre.
Et qu'il devrait passer le restant de ses jours,
seul avec le portrait de son défunt amour.
Vincent se morfondait, souffrait mille tourments,
Lorsque sa mère ouvrit la porte brusquement.
Elle dit : "Si tu veux tu peux sortir jouer,
Il y a du soleil, il faut en profiter."
Vincent voulut parler, aucun son ne sortit,
son long isolement l'avait fort affaiblit.
Il prit donc une plume et griffonna très vite ;
"Possédé par ce lieu, jamais je ne le quitte."
"Tu n'es pas possédé, tu n'es pas presque mort,
ce n'est que dans ta tête, tous ces mauvais sorts,
tu n'es pas Vincent Price, tu es Vincent Dupont,
tu n'es pas un timbré, mais un petit garçon,
tu viens d'avoir 7 ans, et même, tu es mon fils,
alors tu vas sortir, et prendre de l'exercice."
Ayant lâché ces mots, la mère repartit,
et pendant que Vincent restait abasourdi...
La chambre vacilla et trembla de partout,
il comprit qu'il était désormais vraiment fou.
Il vit son chien, Aimable, ressurgir en trombe,
et entendit sa femme, l'appeler d'outre tombe;
de son cercueil parvenait sa voix sépulcrale,
et des fentes des murs sortaient ces mains spectrales.
Toutes les horreurs qu'en rêve il avait créées,
transformèrent son rire en clameurs terrifiées.
Pour fuir cette folie il alla vers la porte,
mais il tomba, sans vie, comme une feuille morte.
Ce fût d'une voix faible et lente qu'il cita,
La fin du "Corbeau" d'Edgar Poe comme constat;
"Et mon âme de cette ombre à l'air incongru,
Clouée au sol ne s'élèvera -- jamais plus."